Hello tout le monde,
Voici les premières nouvelles issues de mon aventure !
J'ai donc pris la route le 11 août, en partant de chez moi, un pincement au coeur. Je m'attendais à l'euphorie que je ressens dès que j'entame une nouvelle aventure, mais apparemment là c'était autre chose. Une expérience de vie, la fin d'une époque, le début d'une autre... Ca commence par dire au revoir à la première ! Et la tristesse qui va avec.
Heureusement, de temps en temps, l'euphorie de cette liberté grisante et de ce projet de fou remonte, comme pour me donner le courage d'avancer quand même, parce qu'une partie de moi sait que cela en vaut tellement la peine !
Pendant 2 semaines, j'ai marché entre ces deux états : euphorie et tristesse, plus les cloches et les plantes des pieds douloureuses - j'avais l'impression de marcher sur des semelles en bois, et l'impression d'un sac lourd, lourd... Ce qui m'a fait larguer quelque chose qui m'était très cher : ma musique, et MIKA qui est toujours là pour moi, en toutes circonstances.
Non, franchement, Compostelle, expérience très riche - j'arrive aux passages plus positifs - mais le départ est pas facile. Les chemins sont encore moches et fort macadamisés, le sac paraît irrationnellement lourd, à l'échelle du passé sans doute ! Et puis, à côté des manques (bon dîner, bon dvd, bon lit, accueil le soir par son chez soi, et pas comme dans certains villages où j'ai recherché jusqu'à 22h une paillasse, car tout le monde dit non, même les fermiers qui ont peur pour leur grange...) ; et enfin, ce face à face inéluctable avec moi-même, que je recherche et en même temps, dont je ne sais pas toujours quoi faire...
Et puis il y a les endroits qui accueillent, qui recentrent, qui sentent bon le partage et l'humanité. C'est le cas de cette abbaye, et des habitants qui m'invitent à leur table, me préparent un dîner à la carte, et me logent dans la chambre de leurs enfants.
A commencer par l'abbaye... Après 3 jours de marche, j'étais complètement esquintée. Moi, Magali, la marcheuse de montagne, qui s'est fait il y a moins de 3 semaines 2000 m de dénivelé toute seule en une journée, zéro crampes, après une nuit blanche à la belle étoile ? Oui, il faut croire que le plat et le macadam, ce n'est pas mon fort, et que la gestion des émotions qui sortent et dont je ne sais pas quoi faire, non plus. J'ai expliqué aux pères qu'il me faudrait certainement 3 nuits pour récupérer, ils ont été un peu surpris de me voir dormir 12h / jour, et ça n'a pas été de trop.
J'y ai fait le plein. Le plein d'énergie, de partage, de discussions, de philosophie et d'expériences de vie. J'y ai reçu la possibilité de partager et d'explorer la profondeur de mon projet, avec des gens que cela intéresse, et qui m'aident à explorer cette profondeur, qui me dépasse encore parfois, et qui m'apportent des pistes de réflexions qui me rassurent. Et enfin, nouveauté pour moi, j'en suis ressortie avec la Foi, après avoir vécu des moments particulièrement forts. Comme ce n'était pas un sujet que j'abordais avant, je ne sais pas qui cela intéresse, mais je suis prête à partager cela avec qui veut à mon retour !
Ensuite j'ai repris la route, un nouveau pincement au coeur, mais c'est ça la vie : prendre ce qu'il y a sur la route, créer des liens, mais garder la place pour en créer de nouveaux et accueillir ce que la Vie propose ! En même temps que la tristesse de partir, l'excitation de la curiosité de ce qui m'attend sur la route, et la satisfaction d'avoir des pieds reposés et une nouvelle énergie pour avancer !
Encore quelques jours de marche, plus durs. De nouveau, je suis confrontée à l'incompréhension face à mon projet (mais pourquoi vous faites tous ces détours alors que ce serait beaucoup plus facile d'aller tout droit !), et le sentiment décourageant d'être seule dans ma conviction, car seule sur la route. Certains manques s'en vont (télé, jolies fringues, matériel, horaires...) et d'autres émergent : besoin de partager, et de ne plus marcher toute seule ; besoin d'un endroit d'accueil inconditionnel ; besoin de ne pas être sans cesse "à la charité" des autres, mais d'apporter une contribution à mon logement.
C'est la première fois que j'ai tellement besoin de sortir de la solitude, qui est devenue une partenaire pour moi dans pas mal de situations ! Et ça me rassure, d'en avoir assez. Parce que là, j'en ai vraiment assez, ma dose, te veel, et d'ailleurs la suite de mon projet évolue. La recherche de compagnie va peut-être me faire aller directement à Vézelay en stop, pour commencer là où la plupart des pèlerins commencent. Encore 3 semaines toute seule, ça ne sera pas bon pour moi. Même si je vais passer un peu trop vite sur la Champagne-Ardenne que pour y profiter de ses bulles ;-) Mais qui sait ce qui m'attend encore entretemps !
En 2 semaines, que d'émotions, de recherche, de sentiments paradoxaux et tellement forts ! Et puis, de moins en moins le sentiment de m'éloigner de chez moi, et de plus en plus le sentiment de me rapprocher de Compostelle, ou en tous cas, de la nouvelle vie super que je me construis en me faisant ce beau cadeau de prendre le temps de partir... Parce que Compostelle, merci : je pensais que j'avais un peu plus de 2000 bornes à parcourir, et puis qu'est-ce que je vois en passant par un bled après 6 jours de marche : allez, plus que 2754 km !!!! Ils sont complètement fous !!!!! Et par déduction, moi aussi
Les cadeaux de ces 2 premières semaines sont donc cette Foi toute neuve dont je ne sais pas encore trop quoi faire, et puis grâce au manque, la réalisation à quel point la présence de l'autre, et le fait de partager, sont importants pour moi et nécessaires !
Je vous souhaite à tous un millions de belles choses d'ici décembre et vous embrasse bien fort !
Mag
samedi 23 février 2008
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