Deuxieme jour de Safari. Mon guide a bien compris que meme si j'avais eu mon tigre - il n'en revenait toujours pas - je n'avais pas eu mon echange de regards. Le tigre ne nous avait pas vus...
Il m'emene voir Naraini, une jeune tigresse dont la mere a un peu trop goute a la chair humaine. Sa mere a ete tuee, et ils esperent eduquer Naraini pour pouvoir la relacher sans risque pour le village, malgre l'exemple de sa mere. Elle est tenue captive temporairement, au milieu de la jungle, et ils esperent la relacher apparemment (ce dont je ne suis pas sure, mais bon soit ca c'est un autre chapitre). Elle a 2 ans, taille adulte.
Je m'approche de la palissade, je ne connais rien de son histoire a ce moment-la. Souffle coupe en la voyant, mon guide ne m'avait pas prevenu que le moment etait venu de rencontrer un tigre...
Mon regard croise le sien. Je m'accroupis, Elle s'approche, menacante. J'ai peur, car je me vois deja plus la palissade qui mous separe, tant me suis plongee dans son regard. Je recule de 2 pas, comme elle avance. Elle semble satisfaite de la distance. Je m'assieds par terre. Je sens l'emotion m'envahir. Je laisse venir, je laisse monter. Elle boit. Elle recommence a tourner calmement, me scrutant du coin de l'oeil. Puis elle s'avance d'un pas sur, vers moi, son regard plonge dans le mien. Je lui parle, comme depuis le debut. Elle s'elance, pour atterrir juste devant moi en derapant. Je ne bronche pas, aucun geste de recul, je suis la, ici et maintenant, j'ai ma place dans ce qui se passe. Toujours plongee dans ses yeux, et elle dans les miens, et je n'y lis plus la menace. Elle me respecte, elle me teste, peut-etre meme qu'elle joue. Elle ne m'attaque plus.
Je fonds en larmes. Ce moment est pur, et me touche loin.
Elle recommence.
Ensuite, elle retourne ensuite calmement au fond de sa cage, se couche, toujours a portee de mon regard.
Je change de place, et parle a Sange, mon guide, qui me propose de l'observer par-dessus la palissade. Mais comment peut-on etre sur le meme plan de communication qu'un animal, en le regardant de 6 m de haut ? Je refuse, et m'assieds a nouveau par terre, sans me rapprocher d'elle, je respecte la distance qu'elle a choisie. Son regard traduit a nouveau la menace, puis l'interrogation. Je lui parle, la voix pleine de larmes mais aussi de choses fortes qui viennent de mes tripes. Entre autres, je lui souhaite bonne chance, et lui envoie de l'energie par un canal qui est la maintenant, entre nous, je le sens. Je lui dis que la vie est belle, qu'elle en vaut la peine. Ses yeux se plissent sous ma voix. Elle s'apaise, et finit par se coucher. Je continue a lui parler. Puis je lui dis au revoir, et je m'en vais.
J'ai des larmes encore plein les yeux pendant le debut de la marche, puis je m'apaise, et la vie continue.
Ces larmes, ce n'est pas de la tristesse, ni de la revolte de la voir la, toute seule - ca c'est venu apres. Non, ces larmes etaient la decouverte de cette nouvelle partie de moi, qui a vibre en puissance avec ce moment present, unique, ou je communiquais avec cet animal encore sauvage.
jeudi 20 mars 2008
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