Hello les amis,
Je sors d'un massage absolument terrible !! Et oui, remercier mon corps de temps en temps, c'est pas du luxe !
Les régions que je traverse se suivent, et ne se ressemblent pas ! Le Périgord et sa générosité - châtaigniers, noyers, figuiers, qui croulent sous les gros fruits murs, et même ses canards sont gras ;-) ; les longs chemins larges dans les bois ; la compagnie de Jane ; l'accueil à bras et coeur ouvert des hospitaliers. La Gironde, ses vignobles interminables. Les Landes, région plus monotone où tout est plat et où j'ai suivi une ancienne voie de chemin de fer pendant 3 jours, autrement dit : tout droit, tout droit, et la seule chose qui variait dans le paysage, c'était le sol, qui de terre s'est transformé en sable. Si je n'étais pas vivante aujourd'hui, je dirais que c'était mortel ! Mais en même temps, ces paysages plus sobres laissent libre cours à ma réflexion, et à un émerveillement plus continu devant la nature. Et maintenant, je passe dans les pyrénées atlantiques, et je vois les montagnes !!! Ca c'est l'excitation générale ici ! Depuis peu, j'accepte le poids de mon sac. Il est plus lourd que celui de la plupart des pèlerins, et je m'en suis fait un compexe ! Et puis voilà, apparemment c'est le poids qui me convient à moi, et aujourd'hui, je prends plaisir à naviguer dedans. Quand j'aurai vidé mon tube de dentifrice de moitié, je m'offrirai l'aspivenin de mes rêves (au vu des serpents que je vois écrasés sur la route, j'ai toujours un peu peur pour mes fesses quand je vais dans les buissons) ; dès que j'ai vidé mon déo, je prends une huile de massage (entre nous, avec ou sans déo, il y a un point où ça ne change plus rien), et dès que j'ai terminé mon Boris Vian, je prends un dictionnaire espagnol et je m'y plonge _ En fait , la gestion matérielle est assez logique quand on a peu de choses ! Mes chaussures se transforment en pneus, petit à petit. Le macadam n'a plus de secret pour elles, et je galope avec mon sac, que je ne sens plus dès qu'il est sur mon dos, même si pour le soulever c'est autre chose !Je développe aussi un nouveau rapport à mon corps. Il y a toujours un endroit plus douloureux qu'un autre, depuis mon départ. Je m'habitue et, tout en y prêtant attention et en men soignant, j'oublie que j'ai mal, la plupart du temps. Et le plus extraordinaire, c'est que pour la plupart de ces maux (dos coincé, torticolis, blessures dues au frottement, genoux, angoisses, ...) pour lesquelles j'ai des mains bienfatrices souvent disponibles qui me libèrent en Belgique, et bien, mon corps pa tête et moi, on s'en sort très bien avec les moyens du bord ! Un coup d'homéopathie par ci, un nouveau mouvement par là, un massage très très adapté de ma composition, un nouveau laçage de chaussure , une crème pour autre chose - mais pourquoi pas pour ça au fond ? - Et le tour est joué ! Chaque blocage, je l'ai raité à force de médication intuitive ! Et pas un seul n'a résisté. Il me faut juste un peu de patience, et supporter la douleur un peu plus longtemps... Et porter le sac à dos pendant 5 jours avec le dos bloqué, ça paraît terrible, mais une fois le chargement / déchargement passé, c'est juste une question de gestion en fait !J'ai marché pendant quelques jours avec Jane, 68arde qui n'a jamais levé le nez de sa révolution, en a fait quelque chose de personnel, et n'a pas remarqué que près de 4 ans ont coulé sous les ponts depuis. Durant nos 3 premiers jours de marche, elle m'a assomée avec sa colère contre le système. Si bien que je me suis demandé si Dienu ne s'était pas planté, en la mettant sur ma route. Puis elle s'est ouverte, et moi aussi. Et on s'est tellement bien entendues qu'elle veut absolument me caser avec son fils, qui a plein de rasta sur la tête, et qui travaille dans un magasin bio, et qui ressemble comme 2 gouttes d'eau à je-ne-sais-plus-quel-saint sur je-ne-sais-plus-quelle-icône, dont elle a acheté la carte postale. 59 ans 1/2 comme elle se plaît à écrire dans les bouquins de stats pèlerines. Alors avec Jane, on se prend des fou-rires en observant des basse-cour, on dit "ooooh" en même temps devant un beau ciel, et on partage. On a pile 30 ans de différence. Je découvre toujours énormément de choses sur moi-même tous les jours, à commencer par profiter du moment présent, et le vivre, avec tout mon corps, mon coeur, ma tête. C'est une sensation formidable. Et puis, beaucoup de choses se clarifient aussi, le brouillard se dissipe petit à petit dans ma tête, et des phrases très claires me viennent à l'esprit. Elles sont limpides, et c'est surprenant parce que je ne comprends pas toujours leur sens. Mais elles sont moi, et c'est bon. Pluseiurs fois, je me suis reconnue dans le Petit Prince. C'est mon quali guide, et il n'a jamais été aussi vrai. Sur la route des Etoiles, rencontrant des gens différents, parfois tellement que j'ai l'impression qu'ils viennent et vivient, sur une autre planète. Et je leur pose sans détour, des questions essentielles sur leur monde, pour savoir de qui le monde est fait, et de qui je suis faite. Et j'apprends, je me laisse toucher, étonner, créer des liens et ac epter la séparation ensuite, privilégiant la tristesse, à une colère qui m'empêche de voir. Des chemins qui se croisent, puis se séparent. La vie, c'est ça aussi. Et puis, ce que Dieu me donne (ou ce que je reçois, selon les interprétations), ce n'est pas la présence de quelqu'un. C'est ce que cette personne m'apporte, et que je reçois. Et ça, personne ne peut me le retirer... Hier j'ai dormi avec 2 pèlerins-cyclistes allemands, épilés au poil, à m'en rendre jalouse ! Sinon je suis de nouveau seule, la plupart du temps. Et c'est bon, pour le moment. Soeur Adriana et soeur Mélanie, une pensée pour vous ce soir pendant le match de la coupe du monde, j'imagine que ce soir il y aura de l'ambiance en vos demeures ! Je pourrais continuer encore vraiment longtemps, en plus j'adore vous raconter tout ça ! Je vais en rester là pour aujourd'hui. Il me reste moins de 1000 km pour St Jacques !
Vous me manquez,
Je vous embrasse,
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