samedi 23 février 2008
En route vers Compostelle - 3
Hello tout le monde, Depuis que Mory est parti, je ramasse à nouveau toutes les toiles d'araignées qui se trouvent en travers du chemin ; je me parle à moi-même ; et je remarque que les arbres deviennent roux, que le sol est jonché de feuilles, et que le froid perce le sac de couchage, le pantalon, et me gèle les doigts ! Je dois faire la danse du chou avant de démarrer, pour être sûre de ne pas geler ! Avec l'automne, vient une nouvelle énergie. Je ne suis plus dans l'enthousiasme guilleret qui me portait les semaines précédentes, mais dans une énergie plus profonde, stable, qui me donne l'impression qu'elle me mènera loin. Ce pèlerinage est plus formidable chaque jour. J'apprends que je peux me sentir incroyablement libre, et le crier haut et fort ; j'apprends que le manque fait partie de la vie et que le vivre permet d'avancer et de mieux le combler. J'apprends qu'il y a plusieurs façons de vivre le manque. J'apprends à renoncer. J'apprends que je peux pleurer de tristesse, de rage, de frustration, de rire, de joie. Et que je peux pleurer aussi devant quelque chose de tellement beau que ça me dépasse, et que pleurer me permet de faire la place pour en recevoir encore. J'apprends aussi que, comme dans la vie, tout ce que je décide de rajouter dans mon sac a un poids, mais ce que je rajoute dans mon coeur n'en a pas, et allège même le poids de mon sac. J'apprends que je suis une femme courageuse, qui laisse de belles traces derrière elle. J'apprends que partager, ce n'est pas recevoir 2 fois moins, mais c'est recevoir autre chose, autrement, mieux. J'apprends aussi à rencontrer des mains. Ces mains tendues sur mon chemin et que je prends. Et tout ce qu'elles disent, communiquent... Les mains de l'accueil, les mains du partage ; les mains qui réconfortent, et celles qui apaisent la douleur. Les mains qui guérissent. Les mains absentes, les mains qui ont peur. Les mains qui donnent de l'énergie, et celles qui en prennent. Les mains qui attendent, les mains qui comprennent. Les mains qui soutiennent, qui encouragent ; celles qui invitent. Les mains qui prient en symbiose avec soi, les mains qui envoient la prière loin, haut. Les mains qui partagent la prière ; les mains qui se donnent la paix. Les mains remplies d'espoir. Les mains qui communiquent l'émotion, et qui sont souvent accompagnées d'un long regard, et suivies d'une accolade, parfois d'une embrassade. Les mains qui donnent de l'amour, dès le premier contact. Et puis, le contact de mes mains avec mon propre corps. Le réconfort que j'apporte à mes pieds fatigués, la nourriture que je porte à ma bouche, le soin à mes muscles, fidèles à travers tout ! Les mains qui massent et celles qui remercient. Les mains qui réparent, les mains qui apaisent. Et celles qui écrivent... Les mains sur St Jacques, racontent tellemnt plus, tellement plus tôt... Le langage, sans les mots. Chemin d'ouverture sur le vrai. Ce que je cherche aujourd'hui ? Je ne le sais toujours pas, mais j'en trouve tous les jours ! Il n'est pas une journée qui passe sans que je conclue le soir "pfff, chouette un peu de repos, la journée a été riche aujourd'hui". Et puis, la soirée est tout aussi riche, et je n'ai aucune envie de me reposer. Je prends plaisir à enfiler mon sac le matin, en sachant que la journée me réserve des trucs extraordinaires, et d'autant plus que je ne m'y attends jamais ! Je vous embrasse tous et toutes bien fort
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